Analyse de sites web d’ostéopathie québécois – Saison 3 des Aventures du Pharmachien

Le premier épisode de la saison 3 des Aventures du Pharmachien porte sur l’ostéopathie. Plus spécifiquement, je m’y pose la question : “Est-ce que l’ostéopathie est supportée scientifiquement ?

Voici la bande-annonce de l’épisode :

Dans la dernière entrevue de l’épisode, menée avec Dr Charles Bernard, alors président du Collège des Médecins du Québec, je lui mentionne une analyse indépendante de 50 sites web d’ostéopathes réalisée pour l’épisode. Vu que très peu d’informations sont données à ce sujet dans l’entrevue, j’ai pensé expliquer ici en quoi cela consistait et détailler les résultats.

 

Tout ce qui suit est très technique. C’est nécessaire, vu le sérieux de l’analyse et de ses implications. Je vais tenter de vulgariser le tout du mieux possible ! (voir le texte en rouge après chaque section)

 

Le but de l’analyse était de vérifier si les ostéopathes et cliniques d’ostéopathies du Québec font référence, sur leurs sites web, à des techniques scientifiquement controversées, en particulier  :

  • l’ostéopathie viscérale
  • l’ostéopathie crânienne, ou crânio-sacrée
  • l’ostéopathie pour prévenir ou traiter des problèmes de santé non-reliés au système musculo-squelettique (ex. allergies, infections, problèmes hépatiques ou rénaux, épilepsie, etc.)
  • l’ostéopathie chez les bébés

Voici la procédure élaborée par l’entreprise Immerscience, qui a supervisé l’analyse et qui est spécialisées en littératie informationnelle et sciences de l’information :

AUTREMENT DIT :

50 sites web de cliniques d’ostéopathie québécoises ont été sélectionnés au hasard. Dans ces sites, différentes recherches ont été effectuées pour voir si les concepts qui nous intéressaient (ex. ostéopathie viscérale, crânienne) y étaient discutés, et si oui, quelle importance y était accordée.

 

Voici les premiers résultats :

AUTREMENT DIT :

La vaste majorité des cliniques d’ostéopathie analysées discutent sur leur site web de techniques scientifiquement controversées. Par exemple :

  • 92% disent traiter des problèmes de santé non-reliés au système musculo-squelettique (ex. infections, problèmes de foie, etc.);
  • 72% discutent d’ostéopathie viscérale et/ou crânienne;
  • 80% suggèrent des traitements pour les bébés.

Les deux spécialistes qui ont fait l’analyse de manière indépendante sont arrivés à des résultats similaires.

 

Regardons maintenant les résultats de l’analyse détaillée :

AUTREMENT DIT :

Une grande partie des sites web analysés accordaient beaucoup d’importance aux techniques scientifiquement controversées.

Par exemple, la moitié d’entre eux listaient plus de 5 problèmes de santé qui peuvent être traités avec ces techniques, autant chez les adultes que chez les bébés.

 

 

Autres résultats :

J’avais aussi demandé d’inclure à l’analyse la recherche de concepts tels que l’homéopathie, la “détox”, des conseils sur l’alimentation, les produits naturels et la vaccination, entre autres. La raison pour cela est que, subjectivement, j’ai souvent vu des ostéopathes publier ce type de contenus sur les réseaux sociaux; je me demandais si c’était reflété sur leurs sites web.

Mais la réponse était clairement non : moins de 2% des sites web analysés incluaient ce type de contenu.

Il faudrait donc procéder à une seconde analyse, mais cette fois sur les réseaux sociaux de ces cliniques ou ostéopathes (ex. pages Facebook professionnelles), pour vérifier si mon hypothèse à ce niveau était fondée.

 

 

CONCLUSION

La majorité des sites web d’ostéopathie analysés discutaient de concepts scientifiquement controversés. Plusieurs d’entre eux semblaient accorder une grande importance à ces concepts.

Si on suppose que l’échantillon utilisé pour cette analyse est représentatif de l’ensemble des cliniques d’ostéopathie québécoises, cela suggère que ces concepts occupent une place très importante dans la pratique de l’ostéopathie au Québec.

Quelles sont les implications de ces résultats ?

C’est ce dont on discute dans l’épisode sur l’ostéopathie des Aventures du Pharmachien !

Saison 3 des Aventures du Pharmachien

 
La saison 3 des Aventures du Pharmachien débute le vendredi 14 décembre sur la chaîne ICI Explora, les vendredis à 19h30, ou encore sur la plate-forme l’Extra de tou.tv.
 
Aussi, la chaîne ICI Explora sera débrouillée pour tous du 18 décembre au 5 janvier !
 
Voici l’horaire des différents épisodes :
 
14 déc :  Ostéopathie
21 déc :  Diète cétogène (“keto diet”)
28 déc :  Guérir l’autisme
04 jan :  Véganisme
11 jan :  Accouchement
18 jan :  Maladie de Lyme
25 jan :  Métaux lourds
01 fév :  Vitamines
08 fév :  Antibiotiques
15 fév :  Tests médicaux et dépistage
22 fév :  Allergies et intolérances alimentaires
01 mar :  Maladies causées par les émotions
08 mar :  Eaux
 
 
Ce site présentera plus de détails sur chaque épisode :
 
Aussi, si vous faites partie d’un établissement d’enseignement (enseignant/e, étudiant/e, etc.) ou d’une bibliothèque, vous avez accès gratuitement à toutes les saisons via la plateforme curio.ca (il suffit de s’inscrire).
 
Merci tout le monde ! J’ai très hâte de jaser des épisodes avec vous 🙂

Prix Coup de Coeur de l’Association pour la Santé Publique du Québec

C’est avec une immense fierté que j’ai appris que l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) me décerne cette année leur Prix Coup de Coeur. Quel honneur !!!

Voici le communiqué de presse :

 

Quand j’ai créé Le Pharmachien en 2012, je me cherchais un passe-temps en lien avec mes passions (c’était soit la science, soit apprendre à jouer de la batterie… true story). J’étais persuadé que ça ne durerait que quelques semaines ou mois. Le fait que ça fonctionne encore après 6 ans est une surprise constante à mes yeux.

Mon souhait en lien avec ce prix, c’est qu’il y ait de plus en plus de scientifiques qui choisissent de s’impliquer dans la communication auprès du grand public. Car oui, on peut avoir un petit-mini-impact, chacun à notre façon. Donc j’en profite pour remercier et encourager tous mes collègues vulgarisateurs, qui me motivent et m’inspirent.

Un immense MERCI à l’ASPQ pour ce prix 🙂

Le Petit garçon qui posait trop en questions est lancé !

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Le Petit garçon qui posait trop de questions est en librairie dès aujourd’hui !

C’est un album jeunesse pour les 0 à 146.3 ans (environ) qui raconte l’histoire d’Hugo, petit garçon qui cherche à comprendre le monde. C’est en mangeant une crème glacée qu’il sera soudainement plongé au coeur d’une grande aventure où il deviendra explorateur… puis scientifique.

Une histoire drôle qui se veut une initiation à la pensée critique et à la méthode scientifique pour les jeunes !

Plus de détails (et les réponses au jeu du livre) ici :
http://questions.lepharmachien.com/

Un énorme merci à tout le monde ! J’ai hâte de vous voir dans les salons du livre 🙂

4 arguments louches sur le cannabis et la santé

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Le 17 octobre 2018 est une journée qui passera à l’histoire : c’est le bug de l’an 2000 le jour où le cannabis a été légalisé au Canada (i.e. aujourd’hui).

Depuis un an, je me fais poser une tonne de questions sur le sujet. Surtout, les gens veulent savoir si je suis « pour ou contre » la légalisation…

Mais je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question. Les raisons légales, sociales et économiques ne sont pas dans mon champ d’expertise. Mon domaine, c’est la science et la santé.

Disons simplement que la criminalisation du cannabis, ça a été un échec. Donc il était temps qu’on essaie autre chose.

Aussi, à un moment donné, ça ne sert à rien d’être dans le déni : au moins 15% des gens consomment du cannabis. Et chez les jeunes, c’est 30 à 40%.

Mais je dois dire que les deux discours les plus présents en ce moment m’énervent tout autant, c’est-à-dire :

 

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Je pense que c’est important de parler ouvertement du cannabis. Mais malheureusement, on entend souvent des arguments très louches autant dans le camp « pour » que « contre ».

Cette BD reprend les grandes lignes de l’épisode sur le cannabis des Aventures du Pharmachien, diffusé en décembre 2017. L’épisode peut être visionné sur l’Extra de tou.tv. Et si tu es prof ou étudiant(e), la plate-forme Curio.ca permet d’écouter l’épisode gratuitement en classe ou à la maison.

 

Note #1 : Question d’être transparent, je dois avouer que je n’ai jamais consommé de cannabis dans ma vie, même pas pris une « pof ». La raison est que je n’ai jamais aimé l’effet des psychotropes en général (i.e. les substances qui modifient l’état de conscience), incluant l’alcool. J’espère que ça ne me disqualifie pas d’aborder le sujet, au même titre que je n’ai jamais consommé 99.999% des médicaments avec lesquels je travaille sur une base quotidienne…

Note #2 : Il y a plusieurs éléments que je n’ai pas abordés dans la BD, entre autres la conduite sous influence, l’absence d’un taux maximal de THC dans les produits, les intoxications chez les enfants et les animaux qui ont consommé par erreur des aliments contenant du cannabis, la mode du « microdosing »… la BD est déjà très longue, donc s’il y a lieu, j’y reviendrai une autre fois !

 

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CONCOURS – Homéopathie et arguments louches

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*** LE CONCOURS EST TERMINÉ ! ***

Un immense bravo à Lydia et Guillaume qui recevront tous les deux un prix ! Je n’en avais prévu qu’un seul, mais il y a eu tellement d’excellentes analyses que j’ai dû en mettre deux à égalité.

Merci à tous ceux et celles qui ont participé !

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En Europe, la France et l’Angleterre prennent enfin des mesures pour se débarrasser de l’homéopathie. Il était temps ! Espérons que le Canada se réveillera et fera de même.

Un grand média québécois a récemment publié un article à ce sujet, avec comme seul intervenant un homéopathe (soupir…).

Le concours s’adresse à tous ceux et celles qui ont lu le tome 3 du Pharmachien et consiste à identifier les « arguments qui n’ont pas d’allure » parmi les propos rapportés dans l’article !

Le prix : une copie dédicacée de mon nouveau livre pour enfants « Le petit garçon qui posait trop de questions », qui sera publié le 1er nov. 2018.

 

Procédure et critères à respecter :

  • Les « arguments qui n’ont pas d’allure » doivent être cités tels qu’ils sont nommés dans le tome 3 (ex. j’ai rebaptisé certains sophismes de manière un peu originale).
  • Inscrire vos réponses ci-dessous. Elles n’apparaîtront pas tout de suite, car je ne veux pas que les gens puissent copier sur les autres !
  • Ne pas laisser de détails personnels (ex. adresse postale) dans vos réponses, seulement une adresse courriel.
  • Concours ouvert seulement aux gens du Québec; je suis vraiment désolé pour mes ami(e)s de l’Europe 🙁
  • Il n’y a pas de « bonnes réponses »; c’est la façon d’analyser les propos qui compte.
  • À la fin de la semaine, je sélectionnerai la réponse la plus complète qui sera la gagnante. 

 

Intéressé(e) ? GO !

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« Malgré toutes ces controverses-là, bien que l’on dise que l’homéopathie n’est pas prouvée, ce qui n’est pas vrai, ça reste que les gens y adhèrent de plus en plus, parce que ça fonctionne. »

 

« L’homéopathie fait l’objet d’inlassables débats depuis 200 ans. »

 

« La polémique qui fait rage en France est intéressante, dans une certaine mesure, puisqu’elle permettra aux détracteurs tout comme aux défenseurs de l’homéopathie de débattre à armes égales. »

 

« Un des grands défis de la profession au Québec est la désinformation (…). C’est faux qu’il n’y a pas d’études positives en homéopathie, tout comme c’est faux de dire que c’est l’effet placébo. »

 

« Les débats en France ne mèneront pas à un recul, l’homéopathie étant trop forte et établie là-bas. La France est capable d’arriver à aller chercher tout ce qui existe comme études et comme rapports qui prouvent que l’homéopathie, elle est efficace. »

 

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Bonne chance !

P.S. N’oubliez pas d’activer votre détecteur de bullshit avant de débuter l’exercice.

P.P.S. Merci David pour le tuyau !

L’astrologie est de retour !

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L’astrologie est de retour !!!

Aux États-Unis, on note un regain de popularité de l’astrologie chez les jeunes.

Selon un sondage mené en 2012, 58% des 18-24 ans considéraient que l’astrologie est scientifique. Ce dernier affirme qu’on n’aurait pas vu de tels chiffres depuis 1983.

Mais apparemment, depuis 2017, le gros boom a débuté. Des sites d’horoscope disent avoir vu leur trafic augmenter de façon exponentielle. Les applications mobiles d’astrologie se multiplient. Et l’astrologie est plus présente que jamais sur le web et les réseaux sociaux.

Bref, les jeunes semblent consulter leur horoscope et l’utiliser dans leur vie quotidienne. Il y a même des articles qui proposent comment choisir son habillement selon son signe astrologique.

Personnellement, je trouve que tout habillement choisi en fonction du Zodiaque devrait être celui-ci :

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Honnêtement, après avoir pas mal lu sur le sujet, je n’ai pas l’impression qu’on peut vraiment conclure que l’astrologie est “plus populaire” chez les jeunes que chez les autres groupes d’âge. Après tout, peut-être qu’elle n’était jamais vraiment disparue ?

Mais peu importe, ce n’est pas ce qui retient mon attention.

Ce qui me surprend vraiment, c’est qu’à une époque où l’information est facilement disponible, quelques minutes de recherche sur le web suffisent pour conclure que l’astrologie ne tient pas la route scientifiquement.

Logiquement, on s’attendrait à ce que les jeunes, qui sont nés avec Internet entre les mains, ne croient pas à des trucs du genre. Mais c’est plutôt l’inverse qui se produit. Pourquoi ?

Pour jaser de tout ça, je te propose ici une mini-entrevue avec une invitée spéciale ! En bonus, l’entrevue sera ponctuée de mini-BDs sur les concepts scientifiques en lien avec l’astrologie et les phénomènes stellaires.

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Maude Carmel est chroniqueuse dans les médias, blogueuse sur Urbania et tu peux la suivre sur son compte Instagram ! En tant que “milléniale”, elle partage des observations sur sa génération. Elle s’intéresse elle-même à l’astrologie et, de son propre aveu, se questionne beaucoup sur ses propres croyances à ce sujet. Je l’ai choisie parce que c’est une fille brillante qui a d’excellentes introspections et je respecte ce qu’elle a à dire sur le sujet. D’ailleurs j’ai souligné en rose plusieurs de ses réflexions dans l’entrevue que je trouvais vraiment excellentes. Merci Maude !

 

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Le but ici n’est pas de généraliser les croyances d’une génération. Mon but n’est pas non plus de juger les personnes qui ont ces croyances; je souhaite simplement présenter les concepts scientifiques associés afin d’informer. Aussi, Maude n’est pas la « représentante » de sa génération; elle ne parle que pour elle-même. Ma conversation avec elle a non seulement été super le fun, mais aussi très amicale et respectueuse, alors j’aimerais que ça continue en ce sens.

 

 

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(OLIVIER) Pour toi, c’est quoi l’astrologie ?

(MAUDE) Pour moi, c’est une spiritualité en lien avec la nature. C’est quelque chose qui est le fun, mais aussi qui est beau, rassurant, qui apaise et fait du bien. 

 

astrologie vs astronomie

 

Selon ton expérience, est-ce que l’astrologie est populaire chez les gens de ton âge ?

Oui. Pas juste l’astrologie, mais aussi la sorcellerie, les cristaux, le Wicca… Il y a une démocratisation de ces sujets de nos jours. Autrement dit, tu n’as plus l’air freak si tu parles d’horoscope ou que tu portes un collier avec des pierres de Jupiter.

 

Pourquoi l’astrologie est-elle encore populaire selon toi ?

Ça a remplacé la religion je crois. On nous dit qu’on est stressés et qu’on devrait méditer, mais on ne sait pas sur quoi méditer. Tant qu’à croire à un Dieu qui n’existe pas, on croit à ça. Les valeurs chrétiennes, par exemple, ne sont pas modernes, elles ne rejoignent plus les jeunes, pour qui l’homosexualité et l’avortement, par exemple, sont des choses normales.

 

astrologie constellations signe solaire Zodiaque

 

Selon ton expérience, est-ce qu’il y a un profil particulier de personne qui s’intéresse à l’astrologie ?

Oui et non… On pourrait, de façon extrêmement cliché, dire que ça rejoint plus les personnes bohèmes, sensibles, fantaisistes, artistes, celles qui aspirent à un « retour vers la nature ».

Aussi, c’est très féminin comme intérêt… on entend peu de gars parler d’horoscope !!! Ils se feraient plus juger, je pense. En fait, c’est même présenté comme très féministe, comme du empowerment pour les filles.

 

L’astrologie est-elle mise de l’avant par des personnalités ou modèles de votre génération (célébrités, influenceurs, etc.) ?

Pas vraiment des célébrités, mais je suis des comptes Instagram qui partagent des pensées astrologiques. Et on reçoit beaucoup de pub sur Internet, surtout sur Instagram. Aussi, il y a des tonnes de compagnies qui vendent des objets ésotériques; sur Amazon, c’est une section complète ! C’est sûr qu’il y a un aspect très mercantile à tout ça… mais pour moi, ce n’est pas très différent des autres industries.

 

Quand j’étais jeune, la vedette québécoise de l’astrologie était Jojo Savard; probablement qu’elle est inconnue aujourd’hui ! Mais est-ce qu’il y a encore des « stars » de l’astrologie à ta connaissance ?

Non. Je n’ai jamais entendu parler d’elle… (elle cherche sur son téléphone) Wow, je suis sur son site, je n’en reviens pas ! En tous cas, moi je me méfierais des vedettes du genre ! Par exemple, je ne croirais pas quelqu’un qui dit pouvoir me faire une lecture à distance. Ce genre de vedettes ont été ridiculisées avec raison, à mon avis… C’était plus un spectacle, alors qu’aujourd’hui, c’est plus discret, c’est une démarche individuelle.

 

astrologues New Age horoscopes Instagram Youtube

NOTE : Jojo Savard était big dans les années 90, mais après vérification, j’ai réalisé qu’elle existe encore ! Elle se présente désormais comme l’« Astro Barbie » et, selon elle, l’astrologie est « une science de sagesse et de prévention » (en combinaison avec l’alimentation et l’activité physique, sans doute).

 

 

Si tu te fies sur ton entourage, comment les jeunes utilisent-ils l’astrologie dans leur vie quotidienne ?

Ceux qui y croient se fient sur leur signe et leur ascendant pour prendre des décisions de vie, quand ils font des rencontres… Beaucoup de jeunes se demandent encore : « C’est quoi ton signe ! ». C’est une façon de comprendre les gens. La personnalité de chacun, c’est un melting pot, pas juste de l’astrologie… mais ça peut être une des choses à prendre en compte.

Sinon, j’ai déjà vu des articles du genre « Quel soutien-gorge choisir selon ton signe astrologique »; il y en a sûrement qui prennent ça au sérieux, mais moi, je trouve ça très très drôle !

 

Et toi, comment tu l’utilises ?

Je lis mon horoscope de temps en temps. Les signes et la ascendants, ça m’intéresse depuis que j’ai 17 ans. J’aime connaître ceux des gens.

Aussi, je suis fascinée par la Lune ! Durant mes méditations, je pense aux cycles lunaires. Quand je veux me débarrasser de quelque chose dans ma tête, j’essaie de me synchroniser avec ça. C’est peut-être pas vrai, mais moi ça m’aide.

 

effet lunaire Lune marées accidents naissances eau

 

 

On voit souvent des gens parler de « Mercure rétrograde » sur les réseaux sociaux; ça veut dire quoi ?

C’est une période très intense, où il y a comme une pression sur la Terre, une sorte de mélancholie. Il y a plus d’accidents, d’événements négatifs. Ça a un effet sur l’humeur. Genre, si tu as une bad luck, ton amie peut te dire : « C’est normal, mercure est en rétrograde ».

En tous cas, c’est l’impression que ça donne ! Il faut dire qu’on en parle tellement que c’est comme une prophétie qui se réalise d’elle-même…

 

mercure rétrograde science

NOTE : voir ici pour un vidéo extrêmement clair du phénomène et de son explication (en anglais).

 

 

À ton avis, si je trouvais 10 différentes prédictions astrologiques formulées par 10 différents astrologues, est-ce qu’ils diraient des choses similaires ?

Ça devrait, en tous cas. Selon ce qu’ils disent, ils utilisent les mêmes livres, les mêmes sources. Ils se basent sur ta carte du ciel. Mais c’est sûr qu’ils interprètent quand même tout ça avec un brin de fantaisie… Ça reste du divertissement, après tout !

 

astrologie expérience contrôlées science réfutable

 

Tu m’as donné ton signe du zodiaque, alors j’aimerais te lire une version de ton horoscope de l’année 2018, que j’ai prise sur le web, et avoir ton avis :

Horoscope effet Barnum Forer

 

(elle rit, visiblement un peu ébranlée) Oh wow… je me reconnais vraiment beaucoup !!! Oui à presque tout, sauf quelques petites affaires… Mais là j’ai des doutes, je pense que tu m’as peut-être tendu un piège et que tu m’as lu l’horoscope d’un autre signe que le mien !

 

effet barnum forer principe de pollyanna

Réaction de Maude à cette information :

(elle rit) Oui j’avais remarqué que les horoscopes disent toujours des choses assez générales… Par exemple, tout le monde a certains objectifs irréalistes. Aussi, ils disent des choses que les gens aiment entendre. C’est flatteur de lire qu’on a un potentiel inexploité. L’horoscope, c’est un exercice assez narcissique finalement !

 

 

L’astrologie n’a aucun fondement scientifique; c’est considéré une pseudoscience. Le savais-tu ? Est-ce que ça change quelque chose pour toi ?

C’est sûr que j’aimerais qu’il y ait plus de preuves scientifiques… ça me déçoit un peu. Mais pour moi, c’est aussi basé sur le ressenti. Je comprends que la carte du ciel ne tient pas complètement la route, mais ça fait du bien, et pour moi c’est ça le plus important. Je ne pense pas que personne est mort pour l’astrologie, contrairement à la religion.

 

precession des équinoxes axe rotation signes astrologiques constellations

 

 

Tu es née le 2 mai, donc ton signe astrologique est le Taureau. Mais vu que les constellations ont changé depuis 2000 ans, quand les signes du Zodiaque ont été inventés, et que l’orbite de la Terre n’est pas parfaitement stable, il faut ajuster le calcul… Ce qui fait que ton vrai signe est BÉLIER. Ça correspond à la position de la constellation le jour de ta naissance… c’est donc ton signe « astronomique » ! Comment réagis-tu à ça ?

Sérieux ?! (elle rit et cherche sur son téléphone) Attends, je suis en train de regarder c’est quoi Bélier !!! Hum… Ça ne me choque pas tant. Par contre, ça contredit certaines prédictions que j’ai eues par le passé… J’imagine que ces deux signes se ressemblent un peu ?

Mais là j’y pense… Quand j’étais jeune, j’ai lu que j’étais Taureau, et je me souviens que j’ai voulu développer plus les traits personnels à mon signe… Donc si je me reconnais dans la description du Taureau, c’est peut-être que c’est moi qui a créé ça finalement ?

NOTE : Voici un excellent site pour trouver ton « vrai » signe astrologique (pas que ça a de l’importance, mais c’est le fun pour faire capoter le monde).

 

 

L’astrologie était très populaire dans la génération de mes parents, et je peux comprendre ça, car ils n’avaient aucun moyen de s’informer à savoir si c’est crédible ou non. Mais de nos jours, les jeunes sont nés avec Internet et ont facilement accès à l’information. Il suffit de taper « astrologie science » sur Google et on trouve rapidement des articles qui expliquent clairement et simplement pourquoi ça ne tient pas la route. Mais malgré ça, c’est l’inverse qui se produit. Pour moi, c’est quand même surprenant … Comment tu expliques ça ?

Ma seule explication, c’est qu’on a besoin de croire à quelque chose. C’est la seule chose qu’il nous reste et qui n’est pas plate, qui nous fait sortir de nos petits problèmes quotidiens. C’est pacifique aussi comme croyance… l’astrologie est tellement le fun et rassurante dans un monde qui est quand même… laid, parfois.

Notre génération est submergée d’informations, d’avancements qui vont trop vite pour nous. Nos rêves sont un peu brisés, car tout est contrôlé par la technologie. Donc on a besoin de quelque chose qui n’est pas du tout en lien avec la technologie, et je pense que l’astrologie s’inscrit vraiment là-dedans.

Donc même si on nous dit que l’astrologie ce n’est pas vrai, on veut y croire quand même un petit peu, juste pour se faire du bien. Sinon, on n’a plus rien en quoi croire. Certains disent qu’ils vivent bien avec le fait de ne croire à rien, mais c’est une minorité, j’ai l’impression.

 

 

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Selon l’American Psychological Association, la génération des milléniaux est la plus stressée. Donc on peut les comprendre de se tourner vers des approches qui les apaisent et leur font du bien.

Mais pour moi, c’est quand même dur à croire qu’à une époque où l’information est si facilement disponible, on ne cherche pas à l’obtenir. Ou que connaître l’information ne change pas nos comportements.

Certains diront que l’astrologie ne fait de mal à personne, mais ça dépend ce qu’on entend par “faire du mal”.

  • Elle entraîne des dépenses inutiles.
  • Se fier à une pseudoscience pour faire des choix de vie risque d’entraîner de mauvaises décisions (ex.: quand j’étais jeune, une fille m’a déjà rejeté sous prétexte que les Gémeaux sont des “visage à deux faces”… j’aurais pu lui dire que j’étais réellement Taureau, mais finalement je suis pas sûr de vouloir sortir avec quelqu’un du genre).
  • Mais surtout, la croyance persistante en l’astrologie nuit à la culture scientifique populaire. J’veux dire, 26% des Américains croient que le Soleil tourne autour de la Terre.

Donc si on veut leur faire comprendre comment fonctionne Mercure rétrograde, on est mieux de commencer tout de suite !!!

 

P.S. Est-ce que je peux terminer par une suggestion ? Pour ceux et celles à la recherche d’une spiritualité non-religieuse (et non-astrologique), pourquoi ne pas essayer une spiritualité plus scientifique ?

 

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Injections de vitamine C : la cause VS la réalité

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(Considérant mon passé trouble avec le jus d’orange, je devrais éviter de parler de vitamine C, mais bon…)

En mai 2018, une pétition signée par plus de 70000 personnes a été déposée à l’Assemblée National du Québec, avec l’objectif de faire autoriser les injections de vitamine C dans les cas de cancer. Cette demande a ensuite été refusée par le gouvernement.

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Les personnes atteintes d’un cancer traversent des moments extrêmement difficiles et sont très courageuses. Certaines recoivent déjà des injections de vitamine C et jugent que cela les aide à mieux tolérer leur chimiothérapie; je leur souhaite sincèrement de pouvoir continuer à les recevoir.

Par contre, l’enjeu ici est plus large.

Le problème n’est pas que quelques personnes reçoivent ces injections. Le problème, c’est que l’engouement autour de cette histoire suggère que ça devrait être un traitement répandu, facilement accessible et utilisé régulièrement chez les patients souffrant de cancer. Or, ce n’est pas le cas.

Malheureusement, quand on lit les commentaires sous les articles de presse ou ceux qui accompagnent une autre version de la pétition, c’est clair que beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment les enjeux entourant la question. Et je ne peux pas les blâmer, car la réponse du gouvernement n’expliquait pas en détails le contexte du refus.

Donc j’ai pensé faire un survol des perceptions populaires VS la réalité sur la cause pro-vitamine C injectable.

(Note : les commentaires des gens ci-dessous sont réels et cités textuellement)

 

 

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Les injections de vitamine C ne traitent pas le cancer.

L’utilisation qui est suggérée dans la pétition est pour réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, ce qui aurait pour but d’améliorer leur qualité de vie. Et malheureusement, à ce jour, les données ne sont pas concluantes pour cette utilisation non plus (autrement dit, il y a des études positives, d’autres négatives, et ces études n’ont pas de groupe placebo adéquat qui permettrait de savoir si l’effet est réellement dû à la vitamine C, donc globalement l’effet n’est pas clair et reste théorique; voir iciici et ici, entre autres).

La croyance selon laquelle la vitamine C soigne toutes sortes de maladies, c’est une idée qui remonte aux années 70, mais qui s’est avérée fausse lorsque testée scientifiquement.

La seule chose qu’on guérit avec des injections de vitamine C, c’est le scorbut, une affection peu fréquente en cette époque post-Jacques Cartier.

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Ce n’est pas « illégal » d’injecter de la vitamine C au Québec.

Le problème n’est pas la légalité, mais le fait que ce n’est pas éthique, rationnel ou justifié de le faire en l’absence de preuves scientifiques solides.

Et d’ailleurs, ce n’est pas plus acceptable en Ontario qu’au Québec. Les médias ont parlé d’une clinique qui offre ces injections là-bas; il s’agit d’un centre de « médecine intégrative » (i.e. le nouveau nom donné aux thérapies alternatives / holistiques). Elle est dirigée par un naturopathe. Selon son site web, il n’y a qu’un seul médecin qui semble y pratiquer comme clinicienne, et elle n’est pas oncologue.

Bref, le fait que des cliniques en Ontario, dans le reste du Canada et aux États-Unis (il y en a plusieurs) offrent des injections de vitamine C n’est pas une preuve d’efficacité.

 

 

 

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J’ai vu des tonnes de comparaisons avec la légalisation du cannabis. Mais encore une fois, il n’est pas question de « légaliser » quoi que ce soit. Donc SVP, évitez les analogies qui ne tiennent pas la route.

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(note : histoire vraie)

 

 

 

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Les injections de vitamine C ne semblent pas typiquement causer beaucoup d’effets secondaires, c’est vrai.

Mais le vrai problème, c’est qu’elles pourraient NUIRE à l’efficacité de la chimiothérapie.

[À noter que lorsqu’on donne de la chimio pour des cancers incurables (i.e. soins palliatifs), ce n’est pas pour traiter le cancer en tant que tel, mais pour diminuer la douleur et prolonger la vie. Donc si la vitamine C diminue les chances que ça marche, c’est bel et bien important d’en tenir compte.]

Les cliniques qui offrent de telles injections le disent dans leurs propres références :

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D’autres études ont dû être stoppées prématurément à cause d’effets toxiques qui semblaient causés par la vitamine C elle-même.

Bref, c’est une erreur de voir ces injections comme inoffensives. D’ailleurs administrer des mégadoses de vitamines est toujours dangereux.

 

 

 

 

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L’animatrice Chantal Lacroix est connue pour son engagement social et son implication dans des causes humanitaires. Pour ça, bravo !

Mais ici, son commentaire est juste weird.

Le serment professionnel des médecins les engage à « [exercer] la médecine selon les règles de la science ». Et c’est exactement ce qu’ils font.

Prescrire un traitement risqué dont l’efficacité n’est pas prouvée, c’est pas plutôt ça qui serait “bafouer le serment d’Hippocrate” ? Est-ce ironique ça aussi ? (à ce stade je suis ben mêlé sur ce qui constitue de l’ironie ou non).

Bref, je trouve ça vraiment plate qu’une personne aussi influente que Mme Lacroix tente de faire avancer une cause en discréditant la communauté médicale avec des affirmations sans fondement.

D’autres amènent cette idée encore plus loin :

 

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Bon, les théories de conspiration de Big Pharma maintenant…

Faisons un peu de logique OK ?

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D’ailleurs, une des personnes atteintes de cancer qui reçoit présentement des injections de vitamine C mentionnait récemment à la radio que cela lui permettait de rester plus longtemps sur la chimio.

Autrement dit, si les injections de vitamine C fonctionnent, elles sont profitables pour Big Pharma.

 

 

 

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À vrai dire, l’industrie des produits naturels est multi-milliardaire. Il y a des tonnes d’argent à faire, et ce, malgré une réglementation extrêmement déficiente.

Selon les infos que j’ai pu recueillir :

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C’est cher et pas accessible à tout le monde.

OK, on est loin des milliards de dollars récoltés par l’industrie… mais pour un thérapeute ou une clinique qui suit beaucoup de patients, il y a des dizaines ou même des centaines de milliers de dollars à faire chaque année.

(attention, je ne dis pas que le thérapeute ou la clinique administre la vitamine C dans le but de se faire de l’argent, mais simplement que oui, ça peut générer des profits significatifs)

 

 

 

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C’est ce que les États-Unis viennent de faire.

La loi « Right-to-try » (droit d’essayer), signée par Trump en mai 2018, permet aux patients en phase terminale d’avoir accès à tout traitement expérimental, peu importe son efficacité ou sa sûreté.

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À la base, ça peut sembler une bonne idée…

Mais ce qu’on oublie de mentionner, c’est que les patients en phase terminale, autant aux USA qu’au Canada, ont DÉJÀ un accès spécial aux traitements expérimentaux. Mais seulement ceux qui semblent fonctionner.

Quand ils ont recours au “right-to-try” par contre, ils deviennent essentiellement des cobayes pour des thérapies non supportées scientifiquement et perdent leurs droits fondamentaux en cas de problème. Ils peuvent donc facilement devenir les victimes de charlatans prêts à leur vendre une thérapie miracle (ça a déjà commencé d’ailleurs). Et personne ne peut être tenu responsable.

Pour la protection du public et des malades, j’espère qu’on ne choisira pas cette voie au Canada.

 

 

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(désolé pour ce design de titre quétaine, c’était plus fort que moi)

Je comprends tout à fait ceux et celles qui s’attachent à cette cause, et tout ce qui entoure le cancer me tient moi-même énormément à cœur.

Mais en même temps, je réalise qu’en parlant de ce sujet de manière très cartésienne, en en faisant des blagues pour alléger le propos, je sonne probablement pour certaines personnes comme fermé d’esprit et sans-cœur.

Or, un des messages les plus importants que je tente de véhiculer avec Le Pharmachien, c’est qu’appliquer la démarche scientifique quand vient le temps de faire des choix de santé, c’est l’un des plus grands services qu’on peut se rendre collectivement, et rendre aux personnes vulnérables.
 
Ce que je trouve le plus dommage de toute cette histoire, c’est que beaucoup de gens resteront avec une impression d’injustice. Et oui, ça peut sembler injuste. Mais quand on choisit d’appuyer une cause, on a la responsabilité de s’assurer qu’on comprend bien les enjeux, pas seulement de retenir ce qui fait notre affaire ou non.
 
Si la vitamine C en injection avait réellement “fait ses preuves”, elles serait prescrite régulièrement en oncologie, car tout le monde (patients, médecins, industrie) serait gagnant.
 

Oui, ça se peut que certaines personnes en retirent des bienfaits (réels ou encore dus à l’effet placebo). Mais à ce jour, ça reste un traitement qui semble comporter des risques et dont les bienfaits sont incertains, et il est donc tout à fait normal qu’il soit peu ou pas utilisé en médecine pour le moment. C’est dans le meilleur intérêt des personnes atteintes de cancer.

 

P.S. J’ai fait une mini-enquête et il y a présentement un oncologue à Montréal qui prescrit des injections de vitamine C. Malgré tous mes efforts pour obtenir son nom, il souhaite rester anonyme… ce qui est vraiment étrange, considérant qu’il dit être à la tête d’un centre de recherche en oncologie (introuvable via Google) qui s’apprête à démarrer un essai clinique sur la vitamine C injectable. J’ai trouvé le numéro de téléphone du centre et j’ai parlé à sa coordonatrice, très gentille, qui m’a dit : “Je sais que vous croyez pas ben ben à ça, vous”. En fait, je n’aurai pas besoin d’y “croire” quand les résultats de l’essai clinique seront publiés et qu’on pourra les analyser. D’ici là, je pense qu’on doit rester sceptiques et prudents.

P.P.S. Une version précédente de cet article mentionnait le nom de la dépositaire de la pétition, avec qui j’ai eu la chance de discuter à quelques reprises et qui m’ai fourni plusieurs informations pour cet article; je disais d’ailleurs des bons mots à son sujet. Malheureusement, certains lecteurs/trices ont choisi de voir mon texte comme quelque chose de personnel envers elle, donc finalement j’ai décidé d’anonymiser le tout, avec son accord.

 

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Élevé sans hormones : pas vraiment

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Je suis inquiet pour cet enfant. S’il a été « élevé sans hormones », est-ce que ça veut dire qu’il…

… a été castré à la naissance ?

… s’est fait enlever chirurgicalement la thyroïde, le pancréas, les glandes surrénales, l’hypophyse et l’hypothalamus ?

… ne peut jamais manger de légumineuses, de riz, de soya, de noix, de céréales et virtuellement tous les végétaux puisqu’ils contiennent naturellement des phytoestrogènes ?

… ne peut pas non plus manger de viande, même bio, puisque les animaux produisent naturellement des hormones qui se retrouvent dans leur viande et leur lait ?

 

Ehhhhhh non finalement.

Quand on vérifie ce que Rachelle-Béry sous-entend par cette nouvelle pub qui inonde le paysage urbain, c’est qu’ils encouragent « le choix de viandes issues du mode de production biologique [qui] ne permet pas l’utilisation d’hormones de synthèse ».

 

Or dans les faits, au Canada, il n’y a que le bœuf qui peut recevoir des stimulateurs de croissance hormonaux.

 

Perso, je crois que c’est important d’analyser de façon critique l’utilisation des hormones (et des antibiotiques) chez les animaux d’élevage et j’encourage les débats constructifs en ce sens (les débats de spécialistes je veux dire; pas les opinions ou impressions personnelles, ou celles des lobbys idéologiques).

 

Mais au lieu de dire des choses pas claires qui créent de la confusion chez le public, pourquoi ne pas tout simplement faire une pub qui dit :

« NOTRE BŒUF BIOLOGIQUE A ÉTÉ ÉLEVÉ SANS STIMULATEURS DE CROISSANCE HORMONAUX »

 

Tiens, je peux même créer une nouvelle pub drette-là :

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(je sais, je serais nul comme dude de marketing)

 

P.S. C’est la 2e fois que je critique une pub de Rachelle-Béry; la première fois c’était « On naît tous bio » (http://lepharmachien.com/arguments-2017/). J’espère qu’ils opteront pour un concept plus clair dans leur prochaine campagne.

P.P.S. Je ne suis pas contre le bio. Je trouve simplement que l’industrie de l’alimentation biologique aime jouer avec les mots et ça n’aide pas les consommateurs à faire de meilleurs choix. D’ailleurs, la plupart de leurs arguments reposent sur le sophisme de l’appel à la nature.

 

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Créer un ordre professionnel des naturopathes : une mauvaise bonne idée

(Note : Le texte suivant est un commentaire que j’ai écrit à la suite d’un article de Valérie Borde dans l’Actualité. Je le recopie ici vu que c’est un enjeu sur lequel je me questionne sur une base quotidienne et parce que j’espère recevoir des commentaires qui illumineront une partie de la solution. D’ailleurs, j’aimerais faire des suivis/ajouts au texte selon les idées qui seront soumises ou qui me viendront en cours de route; c’est donc un “work in progress”.)

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Ça me rassure beaucoup de te lire Valérie, car je réalise que finalement, mes propos ne sont pas si intenses que ça comparés aux tiens !!! 😀

Sérieusement, bravo pour cet article qui est voué à être impopulaire, comme on peut le constater à la lecture des nombreux commentaires ci-dessus, visiblement écrits par les naturopathes eux-mêmes.

D’ailleurs, c’est quand même triste de constater que ces derniers n’arrivent pas à défendre leur propre travail autrement qu’en utilisant des sophismes et autres arguments fallacieux :

– “Vous généralisez un cas unique à toute la profession !” (homme de paille)
– “Il y a de mauvais médecins aussi !” (ad hominem tu quoque)
– “Le tiers des gens se soignent avec la naturopathie !” (argument de popularité)
– “La naturopathie est enseignée dans de grandes universités et endossée par l’OMS !” (argument d’autorité)
– “Nos traitement sont naturels contrairement aux médicaments chimiques !” (appel à la nature)
– “L’acétaminophène cause des décès, vous devriez critiquer l’industrie pharmaceutique !” (faux dilemme)
– “La naturopathie a fait des miracles pour moi !” (anecdote)
– “Vous faites preuve d’ignorance, faites vos recherches !” (insulte)

 

Je partage complètement ton avis, à une exception près (peut-être) : le besoin d’encadrer la profession de naturopathe.

Créer un ordre professionnel est une lame à double tranchant. D’un côté, on met en place une structure pour “protéger le public” (guillements très importants ici) et pour sévir en cas d’infraction. Mais en faisant cela, on donne les outils à la nouvelle profession pour se protéger elle-même des menaces extérieures. D’ailleurs, accorder un ordre professionnel donne une impression de légitimité (incluant une légitimité scientifique), alors que ça n’a rien à voir. 

Bref, personnellement, je suis fortement opposé à une telle mesure.

Un exemple récent de ce que je viens de décrire : le cas d’une naturopathe en Colombie-Britannique (où la profession est réglementée/encadrée) qui a traité un enfant avec de la salive de chien enragé homéopathique sous prétexte qu’il semblait se prendre pour un chien.
http://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/health-canada-says-it-takes-safety-very-seriously-in-face-of-concerns-about-homeopathic-remedy-1.4623775

Les cas du genre abondent. Aux États-Unis, où la “profession” est en train de s’organiser, c’est encore pire, car ils se présentent comme de vrais médecins :

https://sciencebasedmedicine.org/legislative-alchemy-2017-naturopathy/

On voit la même tendance s’installer au Canada :

http://nationalpost.com/health/naturopaths-not-real-doctors-despite-video-claims-they-are-medically-trained-critics

Ces nouveaux ordres ne semblent pas non plus sévir ou même s’auto-réguler :

https://www.theglobeandmail.com/life/health-and-fitness/health/canadian-naturopaths-need-to-follow-the-rules-if-they-want-regulation/article29785140/

Malheureusement, les ordres (scientifiques) actuels ne peuvent pas faire grand chose. On l’a vu avec le cas du lavement (cité dans l’article) : le Collège des Médecins n’a pas beaucoup de recours, à part offrir “une formation pour comprendre les actes médicaux réservés“.

Bref, créer un ordre pour encadrer une profession n’est aucunement un gage que les traitements appliqués seront valides ou même sécuritaires. La création de l’Ordre des Homéopathes en Ontario en 2015 en est la parfaite démonstration…

J’ignore quelle est la meilleure solution à ce stade; c’est un problème sur lequel l’ensemble de la communauté scientifique et médicale se penche un peu partout dans le monde en ce moment. C’est donc à suivre.

Merci et bravo encore Valérie !

Olivier