Les artères de ma mère

Les artères de ma mère
Cet épisode est dédié à ma mère, Claire. Il parle des médicaments contre le cholestérol appelés statines.
 
Il y a quelques semaines, ma mère a dû subir une chirurgie cardiaque d’urgence. Une des pires qu’un être humain peut avoir. Ses artères coronaires (sur le cœur) étaient gravement bouchées. C’est une maladie qu’on appelle l’athérosclérose; des amas de cholestérol et d’autres substances empêchent le sang de circuler, donc le muscle cardiaque n’est plus oxygéné.
 
Ça nous a pris complètement de court, ma famille et moi. Il faut savoir que ma mère, c’est la reine des habitudes de vie. Je me souviens que dans les années 80, quand les épiceries d’alimentation naturelle sont apparues, elle nous a initiés à la crème Budwig, et au beurre d’arachides à un seul ingrédient (juste des peanuts), le même que je mange encore aujourd’hui. Elle a toujours été sportive. Elle ne fumait pas, buvait rarement de l’alcool. Son hygiène de vie était exceptionnelle, irréprochable. Mais ses artères étaient bouchées quand même.
 
Otzï, la momie d’un homme du néolithique qui a vécu il y a 5000 ans, avait lui aussi les artères bouchées par le cholestérol quand on l’a retrouvé sur un sommet glacé des Alpes en 1991. Il s’enlignait vers une crise cardiaque. Pourtant, je pense pas qu’il y avait du fast food il y a 5000 ans.
 
Je crois que c’est pour ça que le monde de la santé naturelle / holistique me génère autant de frustration. Car selon cette industrie, il suffit de « prendre soin de soi », de travailler sa « connection corps-esprit », d’avaler un petit supplément ici et là, et tout va être ok. Surtout, ne pas prendre de méchants médicaments inutiles et dangereux inventés par Big Pharma qui n’ont que pour seul objectif de faire des profits (les statines, surtout). Licornes, farfadets, etc.
 
Bref, si vous êtes malades, c’est de votre faute.
 
Ma mère, ça n’a jamais été de sa faute. Son athérosclérose est inexplicable par son style de vie. La réponse est à quelque part dans sa génétique, son ADN. L’ADN qu’elle nous transmis à mon frère et moi, deux autres adeptes de sport et de bouffe santé.
 
Si vous lisez/écoutez Le Pharmachien régulièrement, vous savez que je ne suis pas pro-pilules à tout prix. Au contraire, mon attitude est plutôt : optimisons les habitudes de vie en priorité, et si ça ne suffit pas, on regardera du côté des interventions médicales. Je ne suis pas le seul; beaucoup de mes collègues du domaine de la santé pensent comme ça aussi.
 
Mais des fois, ce n’est pas aussi simple. Les habitudes de vie jouent clairement un rôle majeur et incontournable, mais si on met toute la responsabilité sur l’individu en la culpabilisant pour ses écarts, et qu’on se coupe des options de traitement dont l’efficacité et la sûreté sont appuyés par un consensus scientifique solide (les médicaments contre le cholestérol font partie de ça), on fait fausse route.
 
Désolé pour le long laïus, mais j’aime ma mère plus que tout, et je n’arrête pas de penser à elle, et à tout ça, depuis des semaines. Ça me fait réfléchir à ma propre santé aussi. Je vais avoir 40 ans cette année. Avant, si un médecin m’avait dit que mon cholestérol était un peu élevé, j’aurais fait « Bof ». Les gras trans & saturés dans mon alimentation sont quasi-inexistants. Mais aujourd’hui, si ça m’arrive, ma réflexion sera complètement différente. Et la pilule, je vais la considérer.
 
Donc comme je disais, l’épisode des Aventures du Pharmachien de ce soir est dédié à ma mère ❤️
 
Et tant qu’à écrire un trop long statut…
 
Ma mère est entrée d’urgence à l’hôpital en pleine COVID. Mon plan était d’être un aidant naturel, mais finalement, personne n’a pu la voir avant, pendant ou après sa chirurgie, car les visites étaient interdites (avec raison). On lui parlait au téléphone quand on pouvait. Pendant plusieurs jours, elle était trop faible, donc on parlait au personnel infirmier, qui était extraordinaire, même si je me doutais qu’ils et elles devaient être débordés et épuisés.
 
Ce qu’on vit en ce moment, c’est terrible. Je suis sûr qu’il y en a plein parmi vous qui ont vécu des situations semblables. Avoir un.e proche malade, ou être malade soi-même, et se retrouver seul.e, à l’intérieur d’un système de santé qui peine à fournir à cause de la pandémie. Ou pire, ne pas avoir accès aux soins dont vous avez besoin, être mis sur une liste d’attente. Je sympathise tellement avec vous. Et j’espère que tous se passera bien. On va s’en sortir, éventuellement.
 
J’en profite pour remercier du fond du cœur (!) tout le personnel soignant et péri-soignant de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec-UL et de l’Hôpital Saint-François D’AssiseMerci d’avoir pris soin de ma mère dans des circonstances aussi inhabituelles, où toutes vos ressources étaient sollicitées. J’ai énormément de respect et d’admiration pour ce que vous faites à tous les jours. Et je vous souhaite que la population vous rende la pareille, en respectant les mesures sanitaires jusqu’à la fin.
 
Peace out ✌️
 
P.S. Elle va bien 😊
 
 
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