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Injections de vitamine C : la cause VS la réalité

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(Considérant mon passé trouble avec le jus d’orange, je devrais éviter de parler de vitamine C, mais bon…)

En mai 2018, une pétition signée par plus de 70000 personnes a été déposée à l’Assemblée National du Québec, avec l’objectif de faire autoriser les injections de vitamine C dans les cas de cancer. Cette demande a ensuite été refusée par le gouvernement.

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Les personnes atteintes d’un cancer traversent des moments extrêmement difficiles et sont très courageuses. Certaines recoivent déjà des injections de vitamine C et jugent que cela les aide à mieux tolérer leur chimiothérapie; je leur souhaite sincèrement de pouvoir continuer à les recevoir.

Par contre, l’enjeu ici est plus large.

Le problème n’est pas que quelques personnes reçoivent ces injections. Le problème, c’est que l’engouement autour de cette histoire suggère que ça devrait être un traitement répandu, facilement accessible et utilisé régulièrement chez les patients souffrant de cancer. Or, ce n’est pas le cas.

Malheureusement, quand on lit les commentaires sous les articles de presse ou ceux qui accompagnent une autre version de la pétition, c’est clair que beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment les enjeux entourant la question. Et je ne peux pas les blâmer, car la réponse du gouvernement n’expliquait pas en détails le contexte du refus.

Donc j’ai pensé faire un survol des perceptions populaires VS la réalité sur la cause pro-vitamine C injectable.

(Note : les commentaires des gens ci-dessous sont réels et cités textuellement)

 

 

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Les injections de vitamine C ne traitent pas le cancer.

L’utilisation qui est suggérée dans la pétition est pour réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, ce qui aurait pour but d’améliorer leur qualité de vie. Et malheureusement, à ce jour, les données ne sont pas concluantes pour cette utilisation non plus (autrement dit, il y a des études positives, d’autres négatives, et ces études n’ont pas de groupe placebo adéquat qui permettrait de savoir si l’effet est réellement dû à la vitamine C, donc globalement l’effet n’est pas clair et reste théorique; voir iciici et ici, entre autres).

La croyance selon laquelle la vitamine C soigne toutes sortes de maladies, c’est une idée qui remonte aux années 70, mais qui s’est avérée fausse lorsque testée scientifiquement.

La seule chose qu’on guérit avec des injections de vitamine C, c’est le scorbut, une affection peu fréquente en cette époque post-Jacques Cartier.

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Ce n’est pas « illégal » d’injecter de la vitamine C au Québec.

Le problème n’est pas la légalité, mais le fait que ce n’est pas éthique, rationnel ou justifié de le faire en l’absence de preuves scientifiques solides.

Et d’ailleurs, ce n’est pas plus acceptable en Ontario qu’au Québec. Les médias ont parlé d’une clinique qui offre ces injections là-bas; il s’agit d’un centre de « médecine intégrative » (i.e. le nouveau nom donné aux thérapies alternatives / holistiques). Elle est dirigée par un naturopathe. Selon son site web, il n’y a qu’un seul médecin qui semble y pratiquer comme clinicienne, et elle n’est pas oncologue.

Bref, le fait que des cliniques en Ontario, dans le reste du Canada et aux États-Unis (il y en a plusieurs) offrent des injections de vitamine C n’est pas une preuve d’efficacité.

 

 

 

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J’ai vu des tonnes de comparaisons avec la légalisation du cannabis. Mais encore une fois, il n’est pas question de « légaliser » quoi que ce soit. Donc SVP, évitez les analogies qui ne tiennent pas la route.

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(note : histoire vraie)

 

 

 

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Les injections de vitamine C ne semblent pas typiquement causer beaucoup d’effets secondaires, c’est vrai.

Mais le vrai problème, c’est qu’elles pourraient NUIRE à l’efficacité de la chimiothérapie.

[À noter que lorsqu’on donne de la chimio pour des cancers incurables (i.e. soins palliatifs), ce n’est pas pour traiter le cancer en tant que tel, mais pour diminuer la douleur et prolonger la vie. Donc si la vitamine C diminue les chances que ça marche, c’est bel et bien important d’en tenir compte.]

Les cliniques qui offrent de telles injections le disent dans leurs propres références :

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D’autres études ont dû être stoppées prématurément à cause d’effets toxiques qui semblaient causés par la vitamine C elle-même.

Bref, c’est une erreur de voir ces injections comme inoffensives. D’ailleurs administrer des mégadoses de vitamines est toujours dangereux.

 

 

 

 

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L’animatrice Chantal Lacroix est connue pour son engagement social et son implication dans des causes humanitaires. Pour ça, bravo !

Mais ici, son commentaire est juste weird.

Le serment professionnel des médecins les engage à « [exercer] la médecine selon les règles de la science ». Et c’est exactement ce qu’ils font.

Prescrire un traitement risqué dont l’efficacité n’est pas prouvée, c’est pas plutôt ça qui serait “bafouer le serment d’Hippocrate” ? Est-ce ironique ça aussi ? (à ce stade je suis ben mêlé sur ce qui constitue de l’ironie ou non).

Bref, je trouve ça vraiment plate qu’une personne aussi influente que Mme Lacroix tente de faire avancer une cause en discréditant la communauté médicale avec des affirmations sans fondement.

D’autres amènent cette idée encore plus loin :

 

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Bon, les théories de conspiration de Big Pharma maintenant…

Faisons un peu de logique OK ?

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D’ailleurs, une des personnes atteintes de cancer qui reçoit présentement des injections de vitamine C mentionnait récemment à la radio que cela lui permettait de rester plus longtemps sur la chimio.

Autrement dit, si les injections de vitamine C fonctionnent, elles sont profitables pour Big Pharma.

 

 

 

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À vrai dire, l’industrie des produits naturels est multi-milliardaire. Il y a des tonnes d’argent à faire, et ce, malgré une réglementation extrêmement déficiente.

Selon les infos que j’ai pu recueillir :

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C’est cher et pas accessible à tout le monde.

OK, on est loin des milliards de dollars récoltés par l’industrie… mais pour un thérapeute ou une clinique qui suit beaucoup de patients, il y a des dizaines ou même des centaines de milliers de dollars à faire chaque année.

(attention, je ne dis pas que le thérapeute ou la clinique administre la vitamine C dans le but de se faire de l’argent, mais simplement que oui, ça peut générer des profits significatifs)

 

 

 

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C’est ce que les États-Unis viennent de faire.

La loi « Right-to-try » (droit d’essayer), signée par Trump en mai 2018, permet aux patients en phase terminale d’avoir accès à tout traitement expérimental, peu importe son efficacité ou sa sûreté.

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À la base, ça peut sembler une bonne idée…

Mais ce qu’on oublie de mentionner, c’est que les patients en phase terminale, autant aux USA qu’au Canada, ont DÉJÀ un accès spécial aux traitements expérimentaux. Mais seulement ceux qui semblent fonctionner.

Quand ils ont recours au “right-to-try” par contre, ils deviennent essentiellement des cobayes pour des thérapies non supportées scientifiquement et perdent leurs droits fondamentaux en cas de problème. Ils peuvent donc facilement devenir les victimes de charlatans prêts à leur vendre une thérapie miracle (ça a déjà commencé d’ailleurs). Et personne ne peut être tenu responsable.

Pour la protection du public et des malades, j’espère qu’on ne choisira pas cette voie au Canada.

 

 

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(désolé pour ce design de titre quétaine, c’était plus fort que moi)

Je comprends tout à fait ceux et celles qui s’attachent à cette cause, et tout ce qui entoure le cancer me tient moi-même énormément à cœur.

Mais en même temps, je réalise qu’en parlant de ce sujet de manière très cartésienne, en en faisant des blagues pour alléger le propos, je sonne probablement pour certaines personnes comme fermé d’esprit et sans-cœur.

Or, un des messages les plus importants que je tente de véhiculer avec Le Pharmachien, c’est qu’appliquer la démarche scientifique quand vient le temps de faire des choix de santé, c’est l’un des plus grands services qu’on peut se rendre collectivement, et rendre aux personnes vulnérables.
 
Ce que je trouve le plus dommage de toute cette histoire, c’est que beaucoup de gens resteront avec une impression d’injustice. Et oui, ça peut sembler injuste. Mais quand on choisit d’appuyer une cause, on a la responsabilité de s’assurer qu’on comprend bien les enjeux, pas seulement de retenir ce qui fait notre affaire ou non.
 
Si la vitamine C en injection avait réellement “fait ses preuves”, elles serait prescrite régulièrement en oncologie, car tout le monde (patients, médecins, industrie) serait gagnant.
 

Oui, ça se peut que certaines personnes en retirent des bienfaits (réels ou encore dus à l’effet placebo). Mais à ce jour, ça reste un traitement qui semble comporter des risques et dont les bienfaits sont incertains, et il est donc tout à fait normal qu’il soit peu ou pas utilisé en médecine pour le moment. C’est dans le meilleur intérêt des personnes atteintes de cancer.

 

P.S. J’ai fait une mini-enquête et il y a présentement un oncologue à Montréal qui prescrit des injections de vitamine C. Malgré tous mes efforts pour obtenir son nom, il souhaite rester anonyme… ce qui est vraiment étrange, considérant qu’il dit être à la tête d’un centre de recherche en oncologie (introuvable via Google) qui s’apprête à démarrer un essai clinique sur la vitamine C injectable. J’ai trouvé le numéro de téléphone du centre et j’ai parlé à sa coordonatrice, très gentille, qui m’a dit : “Je sais que vous croyez pas ben ben à ça, vous”. En fait, je n’aurai pas besoin d’y “croire” quand les résultats de l’essai clinique seront publiés et qu’on pourra les analyser. D’ici là, je pense qu’on doit rester sceptiques et prudents.

P.P.S. Une version précédente de cet article mentionnait le nom de la dépositaire de la pétition, avec qui j’ai eu la chance de discuter à quelques reprises et qui m’ai fourni plusieurs informations pour cet article; je disais d’ailleurs des bons mots à son sujet. Malheureusement, certains lecteurs/trices ont choisi de voir mon texte comme quelque chose de personnel envers elle, donc finalement j’ai décidé d’anonymiser le tout, avec son accord.

 

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La science VS les faits alternatifs (et Trump)

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Je voulais commencer l’année par une BD sur le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Mon but était de remettre de l’ordre dans les faits sur ce trouble et ses traitements.

Sauf que ces temps-ci, les faits ont la vie dure.

Ce qui semble pogner davantage, ce sont les opinions. Et récemment, les « faits alternatifs ».

C’est le fun les opinions. Tout le monde peut en avoir une, peu importe sa connaissance du débat en cours. Sauf que dans certains domaines, particulièrement en sciences, les opinions, c’est pas ça qui importe.

Bref, j’ai ressenti le besoin d’écrire sur ce qui se passe présentement aux États-Unis. Car contrairement à ce que certains peuvent penser au Canada et en Europe, nous ne sommes pas à l’abri de ce qui se passe du côté des américains.

J’en profite aussi pour parler un peu de changements climatiques et de vaccination, deux des sujets les plus d’actualité en sciences.

P.S. L’exemple de Trump est extraordinairement d’actualité, mais on pourrait nommer une tonne d’autres politiciens qui font dans les faits alternatifs.

P.P.S. Comme d’habitude, les références sont en dessous de la BD, dans le premier commentaire.

 

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Couper en recherche, c’est chercher le trouble

Cette semaine, je laisse l’humour de côté et j’aborde un sujet d’actualité un peu plus sérieux que d’habitude : les coupures dans le domaine de la recherche.

Tellement d’actualité à vrai dire que j’ai dû ajuster la bande dessinée hier soir, après l’annonce d’un revirement majeur dans le dossier!

Si vous n’êtes pas au courant de la situation au Québec, vous apprendrez l’essentiel en lisant la bande dessinée. Et pour les lecteurs internationaux, je suis persuadé que vous vivez vous aussi des situations semblables dans vos pays respectifs. Malheureusement, il semble que la recherche n’est pas le domaine le plus « glamour » où investir.

Mon objectif ici est de faire ma part pour sensibiliser le public face aux difficultés que vivent les chercheurs, étudiants et professionnels de recherche, ainsi qu’aux conséquences de couper en recherche sur la santé.

Si vous désirez en apprendre plus sur la question après avoir lu la bande dessinée, je vous encourage fortement à visiter le site web de la campagne « Je suis Michèle »  au www.jesuismichele.com.

 Johanie manipule l'ADN, fait de la culture cellulaire et s'amuse avec des molécules radioactivesJohanie et sa bourse de doctoratLuc le chercheur explique l'impact des coupures sur ses travaux de recherche et sur son équipeDe bonnes nouvelles : le gouvernement du Québec réduit les coupuresComment vous pouvez contribuer à la cause

 

Note aux lecteurs du blog: Pour les 2-3 semaines à venir, vous pourrez mettre votre cerveau à “off” car j’ai quelques trucs humoristiques déjà prêts pour vous, incluant les épisodes 3 et 4 de “Cauchemar en pharmacie”!

 

Si vous avez aimé cette bande dessinée, utilisez les boutons ci-dessous pour la partager avec vos amis, votre famille, vos collègues… et avec tous ceux qui pensent qu’investir en recherche n’est pas important!

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La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux

La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien

Si vous arrivez à la pharmacie avec une nouvelle ordonnance, il y a de bonnes chances que l’on vous pose la question suivante :

« Voulez-vous avoir un générique plutôt que l’original? »

Ou peut-être vous a-t-on donné immédiatement le générique sans même vous poser la question, ce qui est alors assez inquiétant.

La question de choisir le médicament original ou générique peut sembler simple, surtout lorsque le seul argument qui vous est fourni est que « le générique est beaucoup moins cher ».  Pourtant, peu de gens connaissent vraiment les différences qui existent entre les médicaments originaux et génériques.

Dans cette petite bande dessinée, je vous propose une perspective quelque peu différente de ce que vous entendez probablement à l’habitude. Mon objectif n’est pas d’être moralisateur, mais plutôt d’inviter les gens à s’informer et à faire un choix éclairé. Regardons donc ensemble la VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux.

 

 

La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien

 

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La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien : ingrédients inactifs peuvent varier

La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien : prix et assurancesLa VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien: transition

La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien : danger si la marque change à tous les mois

 

 La VRAIE différence entre les médicaments génériques et originaux - Le Pharmachien : partage

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