4 arguments louches sur le cannabis et la santé

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Le 17 octobre 2018 est une journée qui passera à l’histoire : c’est le bug de l’an 2000 le jour où le cannabis a été légalisé au Canada (i.e. aujourd’hui).

Depuis un an, je me fais poser une tonne de questions sur le sujet. Surtout, les gens veulent savoir si je suis « pour ou contre » la légalisation…

Mais je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question. Les raisons légales, sociales et économiques ne sont pas dans mon champ d’expertise. Mon domaine, c’est la science et la santé.

Disons simplement que la criminalisation du cannabis, ça a été un échec. Donc il était temps qu’on essaie autre chose.

Aussi, à un moment donné, ça ne sert à rien d’être dans le déni : au moins 15% des gens consomment du cannabis. Et chez les jeunes, c’est 30 à 40%.

Mais je dois dire que les deux discours les plus présents en ce moment m’énervent tout autant, c’est-à-dire :

 

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Je pense que c’est important de parler ouvertement du cannabis. Mais malheureusement, on entend souvent des arguments très louches autant dans le camp « pour » que « contre ».

Cette BD reprend les grandes lignes de l’épisode sur le cannabis des Aventures du Pharmachien, diffusé en décembre 2017. L’épisode peut être visionné sur l’Extra de tou.tv. Et si tu es prof ou étudiant(e), la plate-forme Curio.ca permet d’écouter l’épisode gratuitement en classe ou à la maison.

 

Note #1 : Question d’être transparent, je dois avouer que je n’ai jamais consommé de cannabis dans ma vie, même pas pris une « pof ». La raison est que je n’ai jamais aimé l’effet des psychotropes en général (i.e. les substances qui modifient l’état de conscience), incluant l’alcool. J’espère que ça ne me disqualifie pas d’aborder le sujet, au même titre que je n’ai jamais consommé 99.999% des médicaments avec lesquels je travaille sur une base quotidienne…

Note #2 : Il y a plusieurs éléments que je n’ai pas abordés dans la BD, entre autres la conduite sous influence, l’absence d’un taux maximal de THC dans les produits, les intoxications chez les enfants et les animaux qui ont consommé par erreur des aliments contenant du cannabis, la mode du « microdosing »… la BD est déjà très longue, donc s’il y a lieu, j’y reviendrai une autre fois !

 

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Injections de vitamine C : la cause VS la réalité

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(Considérant mon passé trouble avec le jus d’orange, je devrais éviter de parler de vitamine C, mais bon…)

En mai 2018, une pétition signée par plus de 70000 personnes a été déposée à l’Assemblée National du Québec, avec l’objectif de faire autoriser les injections de vitamine C dans les cas de cancer. Cette demande a ensuite été refusée par le gouvernement.

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Les personnes atteintes d’un cancer traversent des moments extrêmement difficiles et sont très courageuses. Certaines recoivent déjà des injections de vitamine C et jugent que cela les aide à mieux tolérer leur chimiothérapie; je leur souhaite sincèrement de pouvoir continuer à les recevoir.

Par contre, l’enjeu ici est plus large.

Le problème n’est pas que quelques personnes reçoivent ces injections. Le problème, c’est que l’engouement autour de cette histoire suggère que ça devrait être un traitement répandu, facilement accessible et utilisé régulièrement chez les patients souffrant de cancer. Or, ce n’est pas le cas.

Malheureusement, quand on lit les commentaires sous les articles de presse ou ceux qui accompagnent une autre version de la pétition, c’est clair que beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment les enjeux entourant la question. Et je ne peux pas les blâmer, car la réponse du gouvernement n’expliquait pas en détails le contexte du refus.

Donc j’ai pensé faire un survol des perceptions populaires VS la réalité sur la cause pro-vitamine C injectable.

(Note : les commentaires des gens ci-dessous sont réels et cités textuellement)

 

 

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Les injections de vitamine C ne traitent pas le cancer.

L’utilisation qui est suggérée dans la pétition est pour réduire les effets secondaires de la chimiothérapie, ce qui aurait pour but d’améliorer leur qualité de vie. Et malheureusement, à ce jour, les données ne sont pas concluantes pour cette utilisation non plus (autrement dit, il y a des études positives, d’autres négatives, et ces études n’ont pas de groupe placebo adéquat qui permettrait de savoir si l’effet est réellement dû à la vitamine C, donc globalement l’effet n’est pas clair et reste théorique; voir iciici et ici, entre autres).

La croyance selon laquelle la vitamine C soigne toutes sortes de maladies, c’est une idée qui remonte aux années 70, mais qui s’est avérée fausse lorsque testée scientifiquement.

La seule chose qu’on guérit avec des injections de vitamine C, c’est le scorbut, une affection peu fréquente en cette époque post-Jacques Cartier.

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Ce n’est pas « illégal » d’injecter de la vitamine C au Québec.

Le problème n’est pas la légalité, mais le fait que ce n’est pas éthique, rationnel ou justifié de le faire en l’absence de preuves scientifiques solides.

Et d’ailleurs, ce n’est pas plus acceptable en Ontario qu’au Québec. Les médias ont parlé d’une clinique qui offre ces injections là-bas; il s’agit d’un centre de « médecine intégrative » (i.e. le nouveau nom donné aux thérapies alternatives / holistiques). Elle est dirigée par un naturopathe. Selon son site web, il n’y a qu’un seul médecin qui semble y pratiquer comme clinicienne, et elle n’est pas oncologue.

Bref, le fait que des cliniques en Ontario, dans le reste du Canada et aux États-Unis (il y en a plusieurs) offrent des injections de vitamine C n’est pas une preuve d’efficacité.

 

 

 

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J’ai vu des tonnes de comparaisons avec la légalisation du cannabis. Mais encore une fois, il n’est pas question de « légaliser » quoi que ce soit. Donc SVP, évitez les analogies qui ne tiennent pas la route.

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(note : histoire vraie)

 

 

 

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Les injections de vitamine C ne semblent pas typiquement causer beaucoup d’effets secondaires, c’est vrai.

Mais le vrai problème, c’est qu’elles pourraient NUIRE à l’efficacité de la chimiothérapie.

[À noter que lorsqu’on donne de la chimio pour des cancers incurables (i.e. soins palliatifs), ce n’est pas pour traiter le cancer en tant que tel, mais pour diminuer la douleur et prolonger la vie. Donc si la vitamine C diminue les chances que ça marche, c’est bel et bien important d’en tenir compte.]

Les cliniques qui offrent de telles injections le disent dans leurs propres références :

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D’autres études ont dû être stoppées prématurément à cause d’effets toxiques qui semblaient causés par la vitamine C elle-même.

Bref, c’est une erreur de voir ces injections comme inoffensives. D’ailleurs administrer des mégadoses de vitamines est toujours dangereux.

 

 

 

 

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L’animatrice Chantal Lacroix est connue pour son engagement social et son implication dans des causes humanitaires. Pour ça, bravo !

Mais ici, son commentaire est juste weird.

Le serment professionnel des médecins les engage à « [exercer] la médecine selon les règles de la science ». Et c’est exactement ce qu’ils font.

Prescrire un traitement risqué dont l’efficacité n’est pas prouvée, c’est pas plutôt ça qui serait “bafouer le serment d’Hippocrate” ? Est-ce ironique ça aussi ? (à ce stade je suis ben mêlé sur ce qui constitue de l’ironie ou non).

Bref, je trouve ça vraiment plate qu’une personne aussi influente que Mme Lacroix tente de faire avancer une cause en discréditant la communauté médicale avec des affirmations sans fondement.

D’autres amènent cette idée encore plus loin :

 

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Bon, les théories de conspiration de Big Pharma maintenant…

Faisons un peu de logique OK ?

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D’ailleurs, une des personnes atteintes de cancer qui reçoit présentement des injections de vitamine C mentionnait récemment à la radio que cela lui permettait de rester plus longtemps sur la chimio.

Autrement dit, si les injections de vitamine C fonctionnent, elles sont profitables pour Big Pharma.

 

 

 

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À vrai dire, l’industrie des produits naturels est multi-milliardaire. Il y a des tonnes d’argent à faire, et ce, malgré une réglementation extrêmement déficiente.

Selon les infos que j’ai pu recueillir :

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C’est cher et pas accessible à tout le monde.

OK, on est loin des milliards de dollars récoltés par l’industrie… mais pour un thérapeute ou une clinique qui suit beaucoup de patients, il y a des dizaines ou même des centaines de milliers de dollars à faire chaque année.

(attention, je ne dis pas que le thérapeute ou la clinique administre la vitamine C dans le but de se faire de l’argent, mais simplement que oui, ça peut générer des profits significatifs)

 

 

 

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C’est ce que les États-Unis viennent de faire.

La loi « Right-to-try » (droit d’essayer), signée par Trump en mai 2018, permet aux patients en phase terminale d’avoir accès à tout traitement expérimental, peu importe son efficacité ou sa sûreté.

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À la base, ça peut sembler une bonne idée…

Mais ce qu’on oublie de mentionner, c’est que les patients en phase terminale, autant aux USA qu’au Canada, ont DÉJÀ un accès spécial aux traitements expérimentaux. Mais seulement ceux qui semblent fonctionner.

Quand ils ont recours au “right-to-try” par contre, ils deviennent essentiellement des cobayes pour des thérapies non supportées scientifiquement et perdent leurs droits fondamentaux en cas de problème. Ils peuvent donc facilement devenir les victimes de charlatans prêts à leur vendre une thérapie miracle (ça a déjà commencé d’ailleurs). Et personne ne peut être tenu responsable.

Pour la protection du public et des malades, j’espère qu’on ne choisira pas cette voie au Canada.

 

 

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(désolé pour ce design de titre quétaine, c’était plus fort que moi)

Je comprends tout à fait ceux et celles qui s’attachent à cette cause, et tout ce qui entoure le cancer me tient moi-même énormément à cœur.

Mais en même temps, je réalise qu’en parlant de ce sujet de manière très cartésienne, en en faisant des blagues pour alléger le propos, je sonne probablement pour certaines personnes comme fermé d’esprit et sans-cœur.

Or, un des messages les plus importants que je tente de véhiculer avec Le Pharmachien, c’est qu’appliquer la démarche scientifique quand vient le temps de faire des choix de santé, c’est l’un des plus grands services qu’on peut se rendre collectivement, et rendre aux personnes vulnérables.
 
Ce que je trouve le plus dommage de toute cette histoire, c’est que beaucoup de gens resteront avec une impression d’injustice. Et oui, ça peut sembler injuste. Mais quand on choisit d’appuyer une cause, on a la responsabilité de s’assurer qu’on comprend bien les enjeux, pas seulement de retenir ce qui fait notre affaire ou non.
 
Si la vitamine C en injection avait réellement “fait ses preuves”, elles serait prescrite régulièrement en oncologie, car tout le monde (patients, médecins, industrie) serait gagnant.
 

Oui, ça se peut que certaines personnes en retirent des bienfaits (réels ou encore dus à l’effet placebo). Mais à ce jour, ça reste un traitement qui semble comporter des risques et dont les bienfaits sont incertains, et il est donc tout à fait normal qu’il soit peu ou pas utilisé en médecine pour le moment. C’est dans le meilleur intérêt des personnes atteintes de cancer.

 

P.S. J’ai fait une mini-enquête et il y a présentement un oncologue à Montréal qui prescrit des injections de vitamine C. Malgré tous mes efforts pour obtenir son nom, il souhaite rester anonyme… ce qui est vraiment étrange, considérant qu’il dit être à la tête d’un centre de recherche en oncologie (introuvable via Google) qui s’apprête à démarrer un essai clinique sur la vitamine C injectable. J’ai trouvé le numéro de téléphone du centre et j’ai parlé à sa coordonatrice, très gentille, qui m’a dit : “Je sais que vous croyez pas ben ben à ça, vous”. En fait, je n’aurai pas besoin d’y “croire” quand les résultats de l’essai clinique seront publiés et qu’on pourra les analyser. D’ici là, je pense qu’on doit rester sceptiques et prudents.

P.P.S. Une version précédente de cet article mentionnait le nom de la dépositaire de la pétition, avec qui j’ai eu la chance de discuter à quelques reprises et qui m’ai fourni plusieurs informations pour cet article; je disais d’ailleurs des bons mots à son sujet. Malheureusement, certains lecteurs/trices ont choisi de voir mon texte comme quelque chose de personnel envers elle, donc finalement j’ai décidé d’anonymiser le tout, avec son accord.

 

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Les arguments santé qui n’avaient pas d’allure en 2017

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Dans mon nouveau livre publié le mois dernier, intitulé “La bible des arguments qui n’ont pas d’allure“, je propose une méthode pour t’immuniser contre les faux débats et les arguments bidons, sans aucune connaissance scientifique requise.arg-livreCette méthode implique de reconnaître certains types d’arguments douteux qui reviennent souvent en matière de santé et qui sonnent l’alerte de la niaiserie.

Donc pour ma rétrospective de l’année (comme j’ai fait en 2014 et 2015), j’ai pensé faire le tour de quelques événements sur la santé qui ont attiré mon attention, et de noter les arguments louches qu’ils ont fait ressortir.

 

 

La science frauduleuse

En 2017, on a parlé plus que jamais de la fraude scientifique. Autrement dit, des chercheurs qui publient de faux résultats, ou encore qui publient dans de faux journaux et congrès scientifiques. C’est un problème majeur en ce moment et ça nécessite des actions urgentes pour prévenir et faire cesser de telles pratiques.

Voici la réaction qu’une personne rationnelle devrait avoir face à la situation :

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Mais voici la réaction que plusieurs ont eue à la place :

sci-capote

C’est plate, car comme scientifique, ça devient de plus en plus difficile de se prononcer sur quoi que ce soit sans se faire reprocher notre background. Du style :

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C’est ce qu’on appelle une…

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Comme pharmacien, je vis ça quotidiennement, pis c’est gossant en maudit.

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« On naît tous bio »

Cette année, j’ai vu cette pub sur la rue au moins 273 fois :

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Il y a un côté de moi qui admire cette pub, parce que considérant tout le jugement injustifié (lire : bitchage) infligé aux femmes qui allaitent en public, on a besoin d’en voir le plus possible.

Mais de l’autre côté, c’est aussi de l’…

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Je ne comprends pas ce que le slogan veut dire. Parce que si je remplace “bio” par sa définition, ça donne ça :

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Des bébés certifiés ? J’en doute.

Mais bon, comme preuve de ma bonne foi, je vais appliquer le principe de la charité et reformuler leur message de la meilleure façon que je puisse imaginer : je présume que ce qu’ils veulent dire ici, c’est qu’à sa naissance, un bébé n’a pas encore été exposé à des pesticides de synthèse potentiellement toxiques.

Le bug, c’est que si des pesticides toxiques sont aussi omniprésents qu’on nous dit, même dans l’eau potable, alors un bébé est bel et bien exposé avant et après sa naissance, et n’est donc pas plus “bio” que sa mère. Et ce, même si la mère mange bio.

Cette pub vise à faire réagir (et ça marche), mais au final, c’est à mon avis une mauvaise analogie.

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À la limite, en me basant sur l’idée que la fécondation humaine implique une recombinaison du matériel génétique des deux parents, je pourrais partir ma propre pub (pas plus claire) qui dirait :

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Le glyphosate « inoffensif »

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Il y a beaucoup de discussions en ce moment (avec raison) à propos de la sûreté du glyphosate (RoundUp), un pesticide utilisé très abondamment en agriculture et classé comme probablement cancérigène” par l’OMS.

En fin d’année, la chicane a pogné lorsque le média international Reuters a relevé des indices indiquant que l’OMS n’aurait volontairement pas tenu compte d’importantes données scientifiques qui suggèrent, au contraire, que le glyphosate ne serait pas cancérigène, comme le suggèrent de nombreuses autres méta-analyses et revues systématiques de la littérature sur le sujet.

(Mais peu importe, mon point n’est pas ici de défendre le glyphosate ou même de discuter de sa sûreté; je laisse ça aux chercheurs spécialisés dans ce domaine. Perso, je juge qu’on a un besoin pressant de lois pour une gestion intégrée des pesticides.)

Malheureusement, cette nouvelle ne semble pas avoir fait l’affaire de certains groupes environnementaux. Lorsque des gens ont commencé à partager ces articles sur les réseaux sociaux, l’un de ces groupes a jugé bon d’émettre l’avertissement suivant :

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Mmm… je sais pas pour vous, mais pour moi, c’est un bel exemple de :

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Qui a prétendu que le glyphosate était « inoffensif » ? Réponse : personne.

Le glyphosate pourrait très bien être non-cancérigène ET causer d’autres types de dommages, autant sur la santé humaine que sur l’environnement. Après tout, pourquoi le glyphosate devrait-il être 100% bon ou 100% mauvais ?

Bref, bloquer des utilisateurs parce qu’ils amènent des points intéressants (et rassurants) sur la sûreté du glyphosate relève plus de la censure idéologique que d’une mesure pour réduire la « désinformation ».

 

 

 

Les noyaux du peuple Hunza

As-tu déjà mangé des noyaux d’abricot amer ? Ça ressemble à des amandes et il paraît que c’est ben bon… En tous cas, c’est une collation qui était apparemment populaire en 2017.

Mais selon des fabricants, c’est aussi un remède ancestral miracle, car ces noyaux contiennent un ingrédient fantastique appelé « amygdaline » ! Regarde ça :

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Médecine antique ? Utilisés pendant des siècles ? Peuple légendaire ? On est en présence d’un…

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Ce qui se faisait autrefois n’était pas forcément bon. Dans le temps, les connaissances scientifiques étaient quasi-inexistantes, donc pas mal tous les remèdes (même ceux proposés en médecine) étaient du gros n’importe quoi.

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D’ailleurs, personne ne semble avoir averti le peuple Hunza que l’amygdaline se transforme en cyanure, un poison extrêmement puissant, dans le corps humain. D’ailleurs, des cas d’intoxication au cyanure ont été rapportées chez des mangeux de noyaux d’abricot amer. Bref, même si le risque est probablement faible, c’est vraiment pas une collation à recommander.

Faut croire que la longévité de ce peuple légendaire doit avoir d’autres explications… Oups, en fait cette histoire de santé incroyable semble être de la pure fiction.

 

 

 

 

Les diététistes et leurs amis les astrologues

En septembre 2017, la publication de l’étude PURE a fait pas mal jaser. En gros, cette étude a exploré les liens entre la consommation de sucre, de gras et la santé. Pour plus de détails, lire ce texte qui résume dans un langage simple les grandes lignes et limites de l’étude.

Malheureusement, l’étude a été interprétée tout croche dans certains médias. On a pu entendre, par exemple, qu’une diète à base de gras de bacon serait bonne pour la santé. Et que le sucre est le grand coupable pour tous nos problèmes. Ce qu’on comprenait en gros :

 

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As-tu l’impression que ces catégories sont, genre, pas mal simplistes ? Et que de mettre sur un pied d’égalité les fruits et les desserts, ou le bacon et l’huile d’olive, est étrange ? Et que tout mettre sur le dos du sucre semble abusif ?

Normal : c’est ce qu’on appelle le…

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Voyant ça, un groupe de diététistes a écrit une lettre ouverte pour rétablir certains faits. Leur lettre est nuancée, prudente, pleine de bon sens. Elle rappelle qu’aucun aliment (ou groupe d’aliments) à lui seul ne peut être blâmé en lien avec la santé. Et elle invite simplement le public à se méfier des promesses irréalistes de certains régimes.

C’est ici que l’histoire prend une tournure vraiment weird.

L’affaire a dégénéré vers des propos où la compétence des diététistes en matière d’alimentation a été remise en doute. Dans un moment incroyablement bizarre, un animateur de radio a même comparé les diététistes aux astrologues

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Puis un groupe de professionnels de la santé, principalement des médecins, ont écrit eux aussi une lettre ouverte pour « dénoncer » les propos des diététistes. Voici quelques-uns de leurs arguments :

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Or, les diététistes n’ont jamais dit le contraire de tout ça. En fait, ils disent exactement la même chose, mais leurs propos ont été pris hors contexte et sursimplifiés pour donner l’impression qu’ils sont dans le champ. C’est ce qu’on appelle faire un…

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En fait, c’est à se demander si les médecins en question ont pris la peine de lire la lettre des diététistes avant de leur répondre.

C’est dommage, car tout ça n’aide personne. Ça a des allures de guéguerre d’égo et ça donne l’impression au grand public que les spécialistes de la santé ne s’entendent même pas entre eux, et donc qu’aucun n’est vraiment fiable.

 

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P.S. Si les médecins de la 2e lettre ne voulaient pas donner cette impression, je les invite à s’exprimer différemment la prochaine fois et à réviser leurs arguments.

P.P.S. Pour plus d’infos sur toute la question du gras vs sucre, voici d’excellents textes de vulgarisation sur le sujet :

 

 

 

Un médecin défend Gwyneth

Cette année, la compagnie GOOP de Gwyneth Paltrow a mis sur sa boutique en ligne un oeuf de jade à insérer dans le vagin.

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Pourquoi faire une chose pareille ? Parce que selon eux, ça…

  • stimule l’énergie sexuelle;
  • libère les voies du chi dans le corps;
  • intensifie la féminité;
  • revigore la force vitale;
  • se connecte au chakra du coeur pour optimiser l’amour propre et le bien-être.

Ce type d’oeuf a même donné naissance à un nouveau sport : l’haltérophilie vaginale (vaginal weightlifting).

Une obstétricienne, Dre Jen Gunter, a jugé bon d’aviser GOOP et Gwyneth qu’utiliser cet oeuf hautement féminin est vraiment une mauvaise idée. Non seulement il y a risque d’infection (car l’oeuf est percé dans le centre), mais c’est aussi une utilisation abusive des exercices de Kegel qui risque plus de nuire que d’aider.

En réponse, GOOP a utilisé comme porte-parole un autre médecin, Dr Steven Gundry. Voici ses arguments principaux :

 

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… et ainsi de suite dans un texte interminable de 1300 mots où il émetgoop-zero

arguments. Jamais il ne répond aux mises en garde de Dre Gunter à propos de l’oeuf. En fait, il ne parle à aucun moment de l’oeuf !!!

Tout ce qu’il fait, c’est citer son C.V. sur un ton condescendant. Comme si aucun argument n’était nécessaire, car ses qualifications parlent d’elles-mêmes.

Faire ça, ça s’appelle un…

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Qu’est-ce qu’on s’en fout de ses positions académiques, de ses articles et de ses congrès si ce qu’il dit n’a aucun maudit bon sens ?! Malheureusement, même les professionnels de la santé et les scientifiques peuvent tomber dans la bullshit. Et ils sont nombreux à le faire.

C’est pour cette raison qu’il ne faut jamais se fier sur ce qu’un (1) expert dit, mais plutôt se demander :

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(Ça inclut moi, en passant. Quand j’entends “Le Pharmachien l’a dit faque ça doit être vrai”, ça me donne envie de me tapper la tête sur les murs).

 

Sur ce, je te souhaite de très Joyeuses Fêtes et de survivre aux arguments qui n’ont pas d’allure pendant le réveillon.

On se revoit en 2018 avec plein de nouveau stock !

(dont un projet assez inattendu)

P.S. La chaîne ICI Explora est débrouillée pour tous jusqu’au 12 janvier 2018, ce qui te permet d’écouter Les Aventures du Pharmachien pendant ce temps !

 

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